Patrimoine
9 minutes
03.11.2026

Impôt sur la fortune : la Hongrie, les Pays-Bas et le Parlement européen relancent la taxation du patrimoine

Taxe de 1 % sur les grandes fortunes en Hongrie, plus-values taxées aux Pays-Bas, impôt minimum débattu à Bruxelles : la tendance se confirme

Adrien Boucher
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Adrien Boucher
La Hongrie veut taxer les fortunes de plus de 3 millions de dollars dès 2027, les Pays-Bas réforment la taxation de l'épargne et le Parlement européen débat d'un impôt minimum de 2 % sur les très grandes fortunes. Ce que cette convergence signifie pour les investisseurs.
Adrien Boucher

Un mouvement de fond

Pendant longtemps, l'impôt sur la fortune semblait en voie de disparition en Europe. Dans les années 1990, une douzaine de pays de l'OCDE en appliquaient un. La plupart l'ont supprimé depuis : l'Autriche, le Danemark, l'Allemagne, la Finlande, la Suède, puis la France, qui a remplacé l'ISF par l'impôt sur la fortune immobilière en 2018. Il n'en reste aujourd'hui que trois versions à proprement parler, en Espagne, en Norvège et en Suisse.

Mais en quelques semaines, l'automne 2026 a montré que le sujet revient par plusieurs portes à la fois : en Hongrie, aux Pays-Bas et jusqu'au Parlement européen. Aucun de ces textes n'est encore définitivement adopté. Mais pris ensemble, ils dessinent une tendance claire : la fiscalité du patrimoine se durcit dans l'Union européenne.

C'est une évolution que nous observons de près, parce qu'elle touche directement nos clients. Beaucoup d'entre eux ont construit leur patrimoine en Europe, souvent dans plusieurs pays, en pensant qu'une bonne répartition géographique suffisait à les protéger. Ce qui se passe cet automne montre que ce n'est plus forcément le cas.

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La Hongrie taxe les plus grandes fortunes dès 2027

Le 6 octobre, le Premier ministre hongrois Péter Magyar a annoncé la création d'un impôt sur la fortune à partir du 1er janvier 2027. Le taux serait de 1 % par an sur le patrimoine dépassant un milliard de forints, soit environ 3 millions de dollars, et de 1,5 % au-delà de 100 milliards de forints.

Le texte vise toutes les formes de patrimoine : immobilier, placements, parts de sociétés, et même les actifs détenus à l'étranger. Le premier paiement serait dû en août 2027, sur la base du patrimoine détenu fin 2026. Les dettes seraient déductibles, et seules les personnes dont le patrimoine atteint le seuil devraient remplir une déclaration. Selon le Premier ministre, entre 15 000 et 25 000 personnes seraient concernées. Le gouvernement, qui évoquait au départ 300 à 600 milliards de forints par an, table désormais sur environ 200 milliards la première année, soit un peu plus de 600 millions de dollars. Le projet doit encore être adopté par le Parlement, où la majorité dispose d'une large avance.

Plusieurs questions restent ouvertes, et elles ne sont pas anodines. La plus délicate est celle de la valorisation : combien vaut une participation dans une entreprise non cotée, une collection, un terrain ? C'est sur ce type de difficulté que bien des impôts sur la fortune ont achoppé en Europe. Pour un contribuable, cela veut dire des années de débats avec l'administration fiscale sur la valeur de ses biens.

Le signal est d'autant plus fort que la Hongrie s'était longtemps présentée comme l'un des pays les plus légers fiscalement de l'Union, avec un impôt sur les sociétés à 9 %, le plus bas d'Europe. Un changement de majorité a suffi pour que la fortune devienne une cible. C'est précisément ce que nous rappelons à nos clients : en Europe, un avantage fiscal n'est jamais acquis.

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Les Pays-Bas taxent les plus-values réelles

Aux Pays-Bas, le gouvernement a présenté fin septembre une réforme du « Box 3 », le régime qui taxe l'épargne et les investissements des particuliers. Aujourd'hui, l'impôt est calculé sur un rendement théorique, au taux de 36 %. À partir de 2028, il porterait sur les plus-values réellement réalisées pour la grande majorité des actifs, puis sur l'ensemble des actifs à partir de 2030.

Le gouvernement a promis d'épargner les petits épargnants. Mais pour les investisseurs, la logique reste celle d'une taxation lourde du patrimoine financier, dans un pays souvent présenté comme accueillant pour les capitaux. Avec un taux de 36 % sur les gains, un investisseur néerlandais qui réalise 100 000 euros de plus-value en rendra plus du tiers à l'État.

Le Binnenhof, siège du Parlement néerlandais à La Haye
Le Binnenhof, à La Haye. Les Pays-Bas réforment la taxation de l'épargne et des investissements. Photo : Hubertl, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

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Le Parlement européen ouvre le débat

À Bruxelles, la sous-commission fiscale du Parlement européen a consacré le 12 octobre une audition à la taxation des grandes fortunes. L'Observatoire européen de la fiscalité y a défendu un impôt minimum de 2 % sur les patrimoines de plus de 100 millions d'euros, sans exonération par type d'actif. Selon ses propres estimations, un tel impôt pourrait rapporter environ 67 milliards d'euros par an à l'échelle de l'Union, et 121 milliards avec un taux de 3 %. Des montants qui expliquent l'intérêt des gouvernements, à l'heure où les budgets européens doivent financer à la fois la dette, la défense et la transition énergétique.

Cette audition ne crée aucune obligation. Elle doit alimenter un rapport d'initiative du Parlement, en cours de préparation. Plusieurs députés ont d'ailleurs mis en garde contre les effets d'un tel impôt sur la compétitivité et sur le départ des contribuables les plus aisés. Mais le simple fait que le sujet soit désormais débattu au niveau européen est un signal. Il y a quelques années encore, il aurait été impensable.

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Ce que montrent l'Espagne et la Norvège

Les deux pays européens qui ont conservé un véritable impôt sur la fortune offrent un aperçu de ce qui peut attendre les autres.

En Espagne, l'impôt sur le patrimoine dépend des régions, et certaines, comme Madrid, l'avaient pratiquement supprimé. En 2023, le gouvernement a créé un impôt de solidarité sur les grandes fortunes, qui s'applique au-delà de 3 millions d'euros et vient compenser les exonérations régionales. Résultat : les contribuables qui pensaient être à l'abri ont été rattrapés en une loi de finances.

Les chiffres de la première année sont parlants. Environ 12 000 contribuables ont payé cet impôt, soit 0,1 % des foyers fiscaux espagnols, pour un montant moyen d'environ 52 000 euros. Il a rapporté 623 millions d'euros, dont 555 millions pour la seule région de Madrid, celle qui avait justement supprimé son propre impôt sur la fortune. Le gouvernement en espérait jusqu'à 1,5 milliard. Présenté comme temporaire pour 2023 et 2024, il a ensuite été prolongé. C'est souvent ainsi que cela se passe : un impôt « temporaire » a tendance à durer.

En Norvège, le gouvernement a relevé en 2022 le taux de l'impôt sur la fortune pour les patrimoines les plus importants. Dans les mois qui ont suivi, plusieurs dizaines de grandes fortunes ont quitté le pays, pour la plupart vers la Suisse, emportant avec elles une partie des recettes attendues. Selon les données du ministère norvégien des Finances, 82 contribuables fortunés, représentant ensemble environ 46 milliards de couronnes de patrimoine, ont quitté le pays en 2022 et 2023. Plus de 70 d'entre eux se sont installés en Suisse, selon le quotidien économique Dagens Næringsliv. Parmi eux figuraient certains des plus grands entrepreneurs du pays.

Le débat reste vif en Norvège : les défenseurs de l'impôt soulignent que ses recettes ont continué de progresser, autour de 0,6 % du PIB. Mais l'exemple norvégien est devenu un cas d'école : un impôt sur la fortune trop lourd finit souvent par faire partir ceux qu'il vise, et avec eux leurs entreprises, leurs investissements et leurs impôts futurs.

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La Suisse, l'exception qui confirme la règle

La Suisse, elle, prélève un impôt sur la fortune depuis longtemps, au niveau des cantons, avec des taux généralement compris entre quelques pour mille et un peu moins de 1 %. Mais elle a fait un choix très différent quand la question d'un nouveau tour de vis s'est posée. Le 30 novembre 2025, les électeurs suisses ont rejeté à 78,3 % une initiative qui proposait de taxer à 50 % les successions de plus de 50 millions de francs.

C'est toute la différence entre la Suisse et l'Union européenne : en Suisse, ce sont les citoyens qui tranchent, et ils privilégient la stabilité. C'est aussi pour cela que la Suisse a accueilli tant de fortunes norvégiennes.

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Pourquoi un impôt de 1 % pèse si lourd

Un taux de 1 % peut sembler modeste. Il ne l'est pas, parce qu'il s'applique à la valeur du patrimoine, et non au revenu qu'il produit.

Prenons un bien immobilier qui rapporte 2 % net par an, ce qui correspond au rendement d'un appartement dans une grande ville européenne comme Paris, Amsterdam ou Munich. Un impôt de 1 % sur sa valeur absorbe la moitié de ce revenu. Pour un bien à 4 % net, il en absorbe le quart. Plus le rendement est faible, plus l'impôt sur la fortune est confiscatoire.

Graphique de la part du revenu absorbée par un impôt sur la fortune de 1 % selon le rendement net
Un impôt de 1 % sur la valeur d'un bien absorbe la moitié du revenu d'un placement à 2 % net, et le cinquième d'un placement à 5 % net.

C'est toute la difficulté des patrimoines européens aujourd'hui : des rendements faibles, et une fiscalité qui se durcit sur le capital lui-même.

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Et la France ?

En France, l'Assemblée a de nouveau rejeté le 16 octobre l'impôt minimum sur les très grandes fortunes, la « taxe Zucman ». Mais comme nous l'avons détaillé dans notre article sur l'exit tax et le budget 2027, la pression se déplace vers d'autres terrains : l'exit tax, la fiscalité de la transmission, les prélèvements exceptionnels. L'impôt sur la fortune immobilière, lui, continue de frapper les patrimoines immobiliers de plus de 1,3 million d'euros. Et le vote sur la partie recettes du budget, que nous évoquions dans notre article sur le budget 2027 et l'épargne, a lieu ce 3 novembre.

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Notre lecture

Ce qui frappe, ce n'est pas un texte en particulier. C'est la convergence. Des gouvernements de sensibilités très différentes, en Europe centrale comme en Europe de l'Ouest, cherchent de nouvelles recettes du côté du patrimoine. Et lorsque le sujet arrive jusqu'au Parlement européen, il devient difficile de considérer qu'un pays de l'Union est durablement à l'abri.

La raison est connue : les États européens sont endettés, leurs dépenses augmentent, et le patrimoine des ménages est une ressource visible, difficile à déplacer quand il est immobilier. C'est aussi pour cela que plusieurs pays ont fermé ces dernières années leurs golden visas : l'Europe ne cherche plus à attirer les capitaux, elle cherche à les taxer.

Pour un investisseur, la conséquence est simple. Diversifier son patrimoine entre plusieurs pays de l'Union ne suffit plus forcément à le protéger d'un durcissement fiscal. La vraie diversification passe aussi par des juridictions hors de l'Union européenne, aux règles plus stables et plus légères.

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Ce que nous conseillons

Nous ne conseillons pas à nos clients de tout vendre ni de tout déplacer. Nous leur conseillons de ne plus avoir tout leur patrimoine au même endroit, sous les mêmes règles.

En Géorgie, par exemple, il n'existe pas d'impôt sur la fortune. Les revenus locatifs sont imposés à 5 % et la plus-value est exonérée après deux ans de détention. Et le rendement est d'une autre nature : à Batumi, nous constatons un rendement locatif net de 8 à 12 %, avec une progression des prix de 15 à 20 % par an. Retrouvez le détail sur notre page consacrée à l'investissement en Géorgie.

Aux Émirats arabes unis, il n'y a ni impôt sur le revenu des particuliers, ni impôt sur la fortune. Ces deux pays offrent ce que l'Europe offre de moins en moins : de la visibilité.

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Ce qu'il faut surveiller

Le vote du Parlement hongrois sur l'impôt sur la fortune, l'adoption définitive de la réforme néerlandaise, et la publication du rapport d'initiative du Parlement européen. Sans oublier, en France, le vote du 3 novembre puis celui du 17 novembre sur l'ensemble du budget.

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Conclusion

L'impôt sur la fortune n'a pas disparu d'Europe. Il change de forme, de nom et de pays, mais la direction reste la même : le patrimoine est de plus en plus sollicité. L'Espagne et la Norvège montrent jusqu'où cela peut aller, la Hongrie et les Pays-Bas montrent que plus aucun pays n'est à l'abri. Pour ceux qui construisent sur le long terme, c'est une raison de plus de regarder au-delà des frontières de l'Union européenne.

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Vous voulez diversifier votre patrimoine hors de l'Union européenne ?

Fiscalité plus légère, règles plus stables : il existe des alternatives sérieuses. Si le sujet vous intéresse, prenons 30 minutes pour en parler. La première conversation ne vous engage à rien.

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