Dans son dernier rapport de politique monétaire, publié fin octobre, la Banque nationale de Géorgie prévoit que le lari restera fort sur la période 2027-2029. Selon elle, l'amélioration de la balance extérieure du pays, portée par les exportations, le tourisme et les entrées de devises, soutiendra la monnaie nationale dans les trois prochaines années.
Pour un pays émergent, ce type de prévision n'a rien d'anodin. Beaucoup de monnaies de la région ont connu de fortes dépréciations ces dernières années, et certaines ont perdu une grande partie de leur valeur en quelques mois. La Géorgie, elle, affiche aujourd'hui un lari stable : autour de 2,60 lari pour un dollar et 2,91 lari pour un euro selon les cours officiels de fin octobre.
C'est une question que nos clients nous posent presque à chaque premier rendez-vous. Un investisseur qui achète un appartement à Batumi ou à Tbilissi veut savoir ce que deviendra son argent si la monnaie locale décroche. La prévision de la Banque nationale apporte un élément de réponse, et elle mérite qu'on s'y arrête.
Le lari a été introduit en 1995, quelques années après l'indépendance, pour remplacer une monnaie de transition qui avait perdu presque toute sa valeur. Depuis, la Géorgie a fait le choix d'un taux de change flottant : la Banque nationale ne fixe pas le cours du lari, elle le laisse évoluer selon l'offre et la demande, et intervient seulement pour lisser les mouvements trop brutaux.
Ce choix a un prix : la monnaie a connu des périodes difficiles. En 2014 et 2015, la chute du rouble russe et la baisse des transferts d'argent des expatriés ont fait passer le lari d'environ 1,75 à plus de 2,40 lari pour un dollar. En 2020, la crise sanitaire et l'arrêt brutal du tourisme l'ont encore affaibli, au-delà de 3,30 lari pour un dollar au plus fort de la crise.
Mais il a aussi un avantage : une monnaie flottante absorbe les chocs au lieu de les accumuler. À chaque fois, le lari s'est ensuite redressé, à mesure que l'économie repartait. Depuis 2022, avec l'arrivée de nombreux résidents étrangers, le retour du tourisme et la hausse des exportations, il s'est nettement apprécié pour revenir autour de 2,60 à 2,70 lari pour un dollar, et il s'y maintient depuis.
C'est cette stabilité retrouvée que la Banque nationale prévoit aujourd'hui de voir durer.

Plusieurs éléments soutiennent cette prévision. Les réserves de change du pays ont atteint un record historique de plus de 8 milliards de dollars fin septembre, en hausse de plus de 50 % en un an. Nous en avons détaillé les raisons dans notre article sur les réserves record et les exportations géorgiennes.
Les exportations progressent de près de 20 % sur neuf mois. Les recettes du tourisme international ont atteint 3,8 milliards de dollars entre janvier et septembre. Et les recettes fiscales, à 17,6 milliards de lari sur neuf mois, dépassent de 3 % les objectifs du budget.
Le tourisme, justement, a nettement rebondi cet été. Selon la Banque nationale, les recettes des voyageurs internationaux ont atteint 1,86 milliard de dollars au troisième trimestre, en hausse de 11,9 % sur un an, après un premier semestre plus difficile, marqué par la guerre au Moyen-Orient et la baisse des visiteurs venus d'Iran ou d'Arabie saoudite. Sur neuf mois, elles progressent de 4,4 %. La clientèle se diversifie aussi : le nombre de visiteurs chinois a augmenté de près de 24 % sur la même période.
Autrement dit, le pays fait entrer plus de devises qu'avant, et il en garde une partie en réserve pour défendre sa monnaie en cas de choc. C'est exactement ce qui manquait en 2015 : à l'époque, les réserves étaient bien plus faibles et la Banque nationale avait peu de moyens pour freiner la chute.
La politique budgétaire va dans le même sens. Le budget 2027 prévoit une dette publique ramenée à 31,6 % du PIB, quand celle de la France dépasse 110 %, comme nous l'expliquions dans notre analyse du budget 2027 de la Géorgie. Un État peu endetté n'a pas besoin de faire tourner la planche à billets, ce qui protège aussi la monnaie.
Il est un autre moteur dont on parle peu : l'argent que les Géorgiens installés à l'étranger envoient à leurs familles. Chaque mois, plus de 300 millions de dollars entrent ainsi dans le pays, soit 340 millions en mai, 321 millions en août et 318 millions en septembre, avec une hausse régulière d'une année sur l'autre. Sur les neuf premiers mois de 2025, ces transferts avaient déjà dépassé 2,6 milliards de dollars.
Leur origine a changé. Il y a dix ans, la Russie en était la première source, ce qui rendait le lari très sensible à l'économie russe : c'est ce qui l'avait affaibli en 2015. Aujourd'hui, l'Union européenne est devenue la principale source de ces transferts. Un flux plus diversifié et plus stable, qui protège mieux la monnaie.

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La Banque nationale n'est pas seule à anticiper un lari solide. Galt & Taggart, la banque d'investissement du groupe Bank of Georgia, s'attend à un lari globalement stable, autour de 2,60 lari pour un dollar en moyenne en 2027. TBC Capital, la branche d'analyse de TBC Bank, garde de son côté une vision neutre sur le taux de change, malgré les tensions au Moyen-Orient, en soulignant la solidité des entrées de devises. En octobre encore, le lari s'est légèrement apprécié face au dollar.
Un détail en dit long : en 2025, la Banque nationale a dû acheter environ 2 milliards de dollars sur le marché entre mars et novembre, non pas pour soutenir le lari, mais pour l'empêcher de s'apprécier trop vite. Selon TBC Capital, la Géorgie est même devenue créancière nette vis-à-vis du reste du monde en 2025. C'est l'inverse de la situation de 2015.
Les institutions internationales partagent ce diagnostic. Lors de sa dernière revue annuelle, en juin, le FMI a relevé sa prévision de croissance pour 2026 de 5,3 % à 6,5 % et jugé l'économie géorgienne résiliente. Il prévoit une dette publique en baisse, de 34,3 % du PIB en 2025 à 31,7 % en 2031. L'agence Fitch, qui note la Géorgie BB, a elle aussi relevé sa prévision de croissance. Et la Banque nationale vient de porter la sienne à 7,2 % pour 2026, contre 6,5 % auparavant, avec environ 5,5 % attendus en 2027.
La Banque nationale le reconnaît elle-même : cette prévision repose sur plusieurs hypothèses. Les tensions au Moyen-Orient doivent s'apaiser et le prix du pétrole baisser à partir du deuxième trimestre 2027. Les entrées de devises liées au tourisme, aux transferts des expatriés et aux exportations doivent rester solides. Et aucun nouveau choc extérieur ne doit venir perturber le marché des changes.
Certains analystes jugent d'ailleurs ce scénario optimiste. C'est une prévision, pas une garantie. Mais elle s'appuie sur des fondamentaux bien réels, et la banque centrale dispose aujourd'hui de moyens importants pour lisser les fluctuations, ce qui n'était pas le cas lors des crises précédentes.
En attendant, la Banque nationale garde une politique prudente. Elle a maintenu son taux directeur à 8,25 % le 21 octobre et prévoit une inflation de 5,4 % en 2026, tirée surtout par les prix de l'énergie importée, l'inflation hors énergie et alimentation restant autour de 3,5 %. Elle table sur un retour vers sa cible de 3 % à partir du second semestre 2027. Depuis 2009, elle pilote sa politique avec un objectif d'inflation, comme la Banque centrale européenne ou la Réserve fédérale américaine.
Elle travaille aussi à réduire la place du dollar dans l'économie. La part des dépôts bancaires en devises est passée à 46,6 % en avril 2026, en baisse de 5,6 points depuis 2024, et les règles de réserves obligatoires viennent d'être durcies pour encourager le crédit en lari. Une économie moins dollarisée est une économie où la monnaie nationale inspire davantage confiance, aux Géorgiens comme aux étrangers.
Enfin, la Banque nationale a précisé fin octobre qu'elle ne prévoyait pas de lancer un lari numérique à grande échelle dans les prochaines années. Le cadre juridique existe désormais, mais le lari papier reste la règle. Un signe de plus d'une institution qui préfère la prudence aux effets d'annonce.
Pour un investisseur étranger, la question de la monnaie se pose à trois moments : à l'achat, pendant la location et à la revente.
À l'achat, l'exposition est limitée. Sur le marché immobilier, en particulier à Batumi, les prix des logements neufs sont généralement affichés et payés en dollars. Un investisseur qui achète un appartement à 120 000 dollars paie 120 000 dollars, que le lari soit à 2,50 ou à 2,80.
Pendant la location, c'est le lari qui compte davantage. En location longue durée, les loyers sont souvent fixés en dollars, mais payés par des locataires qui gagnent leur vie en lari. Une monnaie stable préserve leur pouvoir d'achat, et donc leur capacité à payer le loyer. En location courte durée, la clientèle est en grande partie étrangère et paie en devises : la question se pose moins.
À la revente, enfin, c'est la santé de l'économie locale et l'attractivité du pays qui font les prix. Une monnaie forte, adossée à des réserves record, réduit la probabilité d'un choc brutal qui ferait fuir les acheteurs.
Prenons un exemple. Un investisseur achète un appartement à Batumi pour 120 000 dollars, soit environ 107 000 euros au cours actuel. Avec un rendement locatif net de 8 à 12 %, comme nous le constatons à Batumi, il perçoit entre 9 600 et 14 400 dollars par an. Le vrai risque de change pour lui n'est pas tant le lari que le rapport entre le dollar et l'euro, au moment où il rapatrie ses loyers ou revend son bien. C'est un point que nous abordons systématiquement avec nos clients, et qui se gère : certains gardent leurs revenus en dollars, d'autres les convertissent régulièrement.
Une monnaie solide est le signe d'une économie qui inspire confiance. C'est ce socle qui permet au marché immobilier géorgien d'afficher des performances élevées : à Batumi, nous constatons un rendement locatif net de 8 à 12 % et une progression des prix de 15 à 20 % par an.
Nous conseillons à nos clients de raisonner en dollars sur l'ensemble de leur investissement, de l'achat à la revente, et de considérer la stabilité du lari comme un facteur de sécurité supplémentaire plutôt que comme un pari. Pour ceux qui financent une partie de leur achat sur place, le crédit immobilier en Géorgie est accessible aux étrangers, et la devise du prêt fait partie des choix que nous étudions avec eux.

Trois indicateurs diront si la prévision se vérifie. D'abord l'évolution des réserves de change, publiées chaque mois par la Banque nationale : tant qu'elles restent à leur niveau record, la banque centrale a les moyens de défendre la monnaie. Ensuite la trajectoire de l'inflation, qui doit revenir vers 3 % à partir de la seconde moitié de 2027. Enfin le prix du pétrole, dont dépend une partie de la pression sur les prix en Géorgie, un pays qui importe l'essentiel de son énergie.
Nous suivons ces chiffres de près, et nous en rendrons compte ici même.
Prévoir une monnaie forte sur trois ans, c'est un signal de confiance que peu de pays émergents peuvent se permettre. La Géorgie s'appuie pour cela sur des réserves record, des exportations dynamiques, un tourisme solide et une dette publique très faible. Le lari a déjà traversé des tempêtes, et il en est chaque fois ressorti. Pour un investisseur qui cherche à diversifier son patrimoine hors de l'Union européenne, la stabilité monétaire est un critère essentiel, et la Géorgie le remplit aujourd'hui. Pour aller plus loin, retrouvez notre page dédiée à l'investissement en Géorgie.
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