Le 20 octobre, le gouvernement géorgien a présenté la Georgia Economic Development Corporation, une nouvelle structure publique chargée de soutenir l'investissement dans le pays. Son objectif est ambitieux : accompagner jusqu'à 40 milliards de lari d'investissements privés sur les dix prochaines années, soit l'équivalent d'environ 15 milliards de dollars au cours actuel.
La corporation a été dévoilée en présence du Premier ministre Irakli Kobakhidze et de la vice-Première ministre et ministre de l'Économie Mariam Kvrivishvili. Elle est dirigée par Irakli Gabriadze.
Pour un lecteur français, la comparaison la plus parlante est sans doute Bpifrance : une banque publique d'investissement qui accompagne les entreprises à toutes les étapes, de la subvention à la prise de participation. La Géorgie se dote, à son échelle, d'un outil de cette nature. Pour un pays de 3,7 millions d'habitants, l'ambition est considérable.
L'annonce du 20 octobre n'est pas une surprise. Le Premier ministre avait annoncé la création de la corporation dès avril 2026, en même temps que celle d'une agence d'investissement distincte, chargée spécifiquement d'attirer les investisseurs étrangers. Irakli Gabriadze a été nommé à sa tête en juin. Il était directeur général adjoint d'Enterprise Georgia depuis 2020 : un choix de continuité, qui garantit que l'expérience accumulée par l'agence ne sera pas perdue.
Son mandat couvre l'industrie, l'énergie, la logistique et les infrastructures. En plus du financement, la corporation aura une mission d'analyse : identifier les secteurs porteurs, préparer les projets, et mobiliser des outils de marché comme les prêts syndiqués ou les émissions obligataires, encore peu développés en Géorgie.
La nouvelle corporation remplace Enterprise Georgia, l'agence qui finançait jusqu'ici les entrepreneurs, et reprend les missions du Fonds de développement énergétique et du Fonds de développement de Géorgie. L'idée est simple : regrouper sous une seule direction des outils jusque-là dispersés.
Jusqu'ici, un entrepreneur qui cherchait un soutien public devait frapper à des portes différentes selon la nature de son projet. Désormais, il aura un interlocuteur unique. C'est un gain de temps pour les entreprises, et un signal de simplification pour les investisseurs étrangers, qui apprécient de savoir à qui s'adresser.
Elle disposera aussi d'une palette d'instruments beaucoup plus large. En plus des subventions et des prêts bonifiés proposés par Enterprise Georgia, elle pourra accorder des prêts directs, prendre des participations au capital d'entreprises, investir dans des fonds de capital-investissement et proposer de l'affacturage. Et son champ d'action ne se limite plus aux petites et moyennes entreprises : il s'étend aux grands projets stratégiques et énergétiques.

Le plan prévoit de soutenir 16 milliards de lari de projets à travers les programmes existants, d'apporter 7 milliards via de nouveaux instruments, de participer à 16 milliards d'émissions de titres et d'investir un milliard dans des fonds de capital-investissement. Le financement viendra du budget de l'État, du système de garanties de crédit et des institutions financières internationales.
Le moment n'est pas choisi au hasard. Les investissements directs étrangers en Géorgie ont atteint environ 1,9 milliard de dollars en 2025, en hausse de 19 % selon les chiffres révisés de l'office national de la statistique. Mais plus de 80 % de ce montant correspond à des bénéfices réinvestis par des entreprises déjà présentes, et non à de nouveaux investisseurs. Et au premier semestre 2026, les investissements étrangers ont reculé de 22 %, à 750 millions de dollars, dans un contexte international plus tendu. La Chine est devenue au deuxième trimestre le premier investisseur étranger du pays.
Autrement dit, l'économie tourne bien, portée par la consommation, le tourisme, les exportations et les entreprises locales. Mais le pays a besoin de nouveaux grands projets pour soutenir sa croissance dans la durée. C'est précisément le rôle de la nouvelle corporation : faire émerger ces projets et partager le risque avec les investisseurs privés.
L'État en a les moyens. Comme nous l'expliquions dans notre analyse du budget 2027 de la Géorgie, la dette publique est limitée à 31,6 % du PIB et les recettes fiscales dépassent les objectifs. Un pays peu endetté peut se permettre d'investir dans sa croissance sans mettre en danger ses finances.

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Le gouvernement s'appuie sur les résultats de l'agence qu'elle remplace. Entre 2014 et 2025, les programmes d'Enterprise Georgia ont soutenu plus de 20 000 entrepreneurs, attiré 8,5 milliards de lari d'investissements et créé environ 90 000 emplois.
Sur la même période, l'emploi dans les PME est passé de 405 000 à 544 000 personnes, leur production de 14,8 à plus de 54 milliards de lari, et leurs exportations de 1,3 à 2,7 milliards de dollars. Le salaire moyen dans les entreprises de taille moyenne est passé de 998 à 2 760 lari par mois : il a presque triplé en onze ans.

Le tourisme a aussi bénéficié de ces programmes. Le volet hôtelier d'Enterprise Georgia, qui cofinance des hôtels dans les régions, hors Tbilissi et Batumi, a accompagné 136 projets représentant plus de 3 800 chambres et 3 300 emplois. L'objectif était de développer l'offre touristique partout dans le pays, au-delà des deux grandes villes. Batumi, elle, s'est développée sans ce soutien public, portée par l'investissement privé et par la demande étrangère.
Ces chiffres ne disent pas tout : la croissance des PME doit aussi beaucoup à la dynamique générale de l'économie. Mais ils montrent qu'un dispositif public de soutien à l'investissement peut avoir des effets concrets dans un pays de la taille de la Géorgie.
Les analystes saluent la logique de la réforme, mais restent prudents sur l'objectif. Enterprise Georgia avait attiré 8,5 milliards de lari en onze ans. En viser 40 milliards en dix ans suppose de changer d'échelle, et surtout de méthode : passer de petites subventions à de grands projets financés en capital ou par des prêts syndiqués.
Cela veut dire que la corporation prendra plus de risques qu'une agence qui distribuait surtout des aides. Tout dépendra de la qualité de la sélection des projets. L'expérience des institutions de développement dans d'autres pays le montre : ce qui fait leur succès, ce n'est pas le montant des fonds, c'est leur capacité à dire non aux mauvais dossiers.
La corporation gère déjà ses premiers actifs. Depuis le 1er octobre, elle est propriétaire de la zone industrielle franche de Poti, sur la mer Noire : plus d'un million de mètres carrés de terrains près du port, avec des exonérations d'impôt sur les bénéfices, de TVA et de droits de douane pour les biens destinés à l'export. La zone n'avait pas tenu ses promesses sous ses précédents investisseurs. Elle sera l'un des premiers tests de la capacité de la corporation à développer des actifs, et pas seulement à les détenir.
Pour comprendre l'ambition de la corporation, il faut regarder la carte. La Géorgie se trouve sur le corridor du Milieu, la route commerciale qui relie la Chine à l'Europe en passant par le Kazakhstan, la mer Caspienne, l'Azerbaïdjan, puis la Géorgie et la mer Noire, sans traverser la Russie. Depuis 2022, cette route attire un intérêt considérable. Sur les huit premiers mois de 2026, le volume de marchandises transportées sur l'ensemble du corridor a progressé de 22 %, et le trafic de conteneurs de plus de 50 %. Le transit par la Géorgie a doublé entre 2018 et 2025, à 4,6 millions de tonnes. La Banque mondiale estime que les volumes pourraient presque tripler d'ici 2040.
Pour en profiter, la Géorgie investit dans ses infrastructures. Le grand projet est le port en eaux profondes d'Anaklia, sur la mer Noire, dont la construction est entrée dans une phase active au printemps 2026. Le gouvernement a décidé de garder le contrôle de l'infrastructure portuaire, et les travaux maritimes sont confiés au groupe belge Jan De Nul. La mise en service de la première phase est prévue pour 2029. Ports, zones logistiques, énergie, routes : ce sont précisément les projets que la corporation de développement est appelée à soutenir, aux côtés des investisseurs privés.
L'énergie est l'autre chantier prioritaire. Les pannes d'électricité de l'été dernier ont rappelé la fragilité du réseau, et l'intégration du Fonds de développement énergétique dans la corporation doit permettre d'accélérer les projets hydroélectriques, éoliens et solaires. Une économie qui produit davantage son énergie dépend moins des importations, et donc des chocs extérieurs sur les prix.
À première vue, une corporation de développement économique n'a pas grand-chose à voir avec l'immobilier. En réalité, le lien est direct.
Un pays qui mobilise des dizaines de milliards pour financer ses entreprises, ses infrastructures et son énergie crée de l'activité, des emplois et des revenus. Des salaires qui triplent, ce sont des ménages qui peuvent payer un loyer plus élevé, puis acheter. Ce sont eux qui alimentent, à terme, la demande de logements, qu'il s'agisse d'achat ou de location. Et un État qui structure son soutien à l'investissement envoie un signal de stabilité aux capitaux étrangers.
L'histoire récente de Batumi l'illustre bien. En une quinzaine d'années, la ville a vu s'ouvrir un aéroport international, s'étendre son boulevard en bord de mer, se moderniser son port et se multiplier les hôtels. Chaque nouvelle infrastructure a attiré des visiteurs, des entreprises et des habitants, et les prix de l'immobilier ont suivi. Les grands projets que la corporation doit soutenir, dans la logistique, l'énergie et l'industrie, suivent la même logique à l'échelle du pays : là où arrivent les emplois et les infrastructures, la demande de logements progresse.
Cette annonce s'ajoute à une série de signaux positifs ces dernières semaines : réserves de change record et exportations en forte hausse, budget 2027 avec une dette limitée à 31,6 % du PIB, et une Banque nationale qui prévoit un lari fort jusqu'en 2029. À Batumi, nous constatons un rendement locatif net de 8 à 12 % et une progression des prix de 15 à 20 % par an.
La corporation intéresse aussi directement nos clients qui envisagent de créer une activité en Géorgie. Un interlocuteur unique, des instruments plus variés et un champ d'action élargi aux projets de grande taille : le cadre devient plus lisible. Nous avons détaillé les étapes dans notre article sur la création d'entreprise en Géorgie. L'impôt sur les bénéfices réinvestis y est nul, et les démarches se font en quelques jours.

Le calendrier et les modalités précises de fonctionnement de la corporation, qui n'ont pas encore été dévoilés. Le lancement effectif des premiers instruments, les premiers grands projets financés, l'avenir de la zone franche de Poti, et l'implication des institutions financières internationales annoncées comme partenaires.
Avec sa nouvelle corporation de développement, la Géorgie se donne les moyens de passer à une autre échelle en matière d'investissement. L'objectif est ambitieux et la méthode devra faire ses preuves. Mais la direction est claire : un pays qui investit dans ses entreprises, ses infrastructures et son énergie, avec des finances publiques saines. Pour un investisseur qui regarde le pays sur dix ou quinze ans, c'est exactement le type de structure qui compte : celle qui prépare la croissance de demain. Pour aller plus loin, retrouvez notre page consacrée à l'investissement en Géorgie.
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